« Luftwaffe Fighter Pilot » de Wolfgang Fischer est un livre très intéressant. L’auteur nous raconte sa carrière dans l’armée de l’air allemande durant la Seconde Guerre mondiale. La première partie du récit se situe avant la guerre et illustre comment le régime nazi avait développé son emprise sur les adolescents de l’époque : camps de vacances, voyages à travers le pays et autres activités créaient un lien avec le régime et offraient des perspectives aux jeunes. L’auteur évoque également certaines mesures sociales prises par Hitler et son gouvernement. Il ne faut pas oublier que l’installation d’un régime autoritaire se fonde souvent sur des mesures sociales justifiées par les circonstances. Elles lui permettent d’améliorer son image dans la population et renforcent ainsi son pouvoir et son emprise sur le peuple. Wolfgang Fischer nous raconte comment le reste de sa famille, notamment son père, était clairement hostile aux nazis et comment, lui, gamin, ne pensait qu’à devenir pilote et était fasciné par cette perspective offerte par les associations de jeunesse créées par le pouvoir en place.

Fischer finit par intégrer la Luftwaffe et nous raconte sa formation sur divers types d’appareils. Il finit par piloter le fameux Messerschmitt Bf 109 (Me 109). Il est un temps formateur puis se bat au-dessus de la Méditerranée. Il est abattu en Italie mais s’en sort et suit une formation sur Focke-Wulf Fw 190. Les missions s’enchaînent et Fischer est envoyé au-dessus de Gold Beach le jour du débarquement de Normandie, où il attaque les troupes alliées à la roquette. Il est de nouveau abattu le lendemain après avoir pris la décision incroyable de quitter son ailier et de foncer seul vers un navire américain en désobéissant aux ordres reçus. Il est capturé et, sérieusement blessé, est pris en charge par l’armée américaine.
On arrive ici à la troisième partie du livre. Fischer raconte comment il est soigné puis envoyé en Angleterre en tant que prisonnier de guerre. Il y est toujours soigné pour ses blessures et insiste sur le strict respect de la Convention de Genève observé par les militaires anglais, y compris lors des interrogatoires qu’il subit. Les Alliés veulent alors savoir d’où décollent les aviateurs allemands afin de localiser les bases et de les bombarder. Fischer réalise à ce moment pourquoi son escadrille changeait aussi souvent de base d’attache. Finalement, il est envoyé sur la côte est des États-Unis et traverse le pays en train pour rejoindre un camp de prisonniers. Là encore, il insiste sur le respect des Conventions de Genève et raconte comment le camp était organisé. Les prisonniers avaient créé un comité d’évasion et les tentatives étaient soigneusement organisées. Par exemple, un prisonnier allemand parvint jusqu’à La Nouvelle-Orléans mais fut arrêté pour être monté dans un tramway « réservé aux Noirs ». Fischer est finalement libéré et rentre en Allemagne en 1946.
Ce livre m’a beaucoup plu car j’y ai trouvé un équilibre entre l’action des récits de guerre et la description du contexte personnel dans lequel le narrateur a vécu cette situation. La partie consacrée à la captivité du pilote est également très vivante et dépeint un aspect finalement peu connu de la guerre. Ceci dit, je suis resté un peu sur ma faim sur deux points de détail.
Le premier est lié au manque de carburant dans les armées du Troisième Reich. La Luftwaffe n’était pas épargnée et l’entraînement des jeunes pilotes était écourté pour économiser le carburant. Fischer n’en parle à aucun moment, et pourtant il a été formateur de jeunes recrues. Je ne m’explique pas ce silence sur une question importante quand on sait à quel point l’entraînement des pilotes est crucial en situation de combat.
J’ai également été étonné que Fischer ne parle pas des nazis fanatiques qui sévissaient dans les camps de prisonniers allemands et recherchaient les prisonniers soupçonnés d’avoir déserté pour les punir. C’est une réalité historique, mais peut-être que l’auteur était dans un camp où il n’y avait pas ce genre de fanatiques. Après tout, il nous explique que le niveau d’instruction des prisonniers était élevé et qu’ils avaient même organisé des cours pour enseigner diverses disciplines au sein du camp.
« Luftwaffe Fighter Pilot » nous raconte comment un jeune adolescent fasciné par l’aviation s’est retrouvé aux commandes d’un avion de chasse dans l’armée d’un pays agresseur responsable des pires atrocités qui soient. À méditer à l’époque où l’extrême droite a conquis les États-Unis, où le régime totalitaire chinois est plus puissant que jamais et où un tyran russe s’est lancé dans une folle croisade anti-européenne. À réfléchir au moment où l’extrême droite et ses sbires sont au bord de l’accession au pouvoir dans de nombreux pays démocratiques européens. Je ressens une sorte d’impression de déjà-vu (ou lu) très désagréable.